01 août 2006

 

Proche Orient

Richard Arzt : Bonjour Ségolène Royal. Après trois semaines d'affrontements au Proche Orient, les efforts diplomatiques ne manquent pas, notamment à l'ONU et pour l'instant ça n'enclenche pas. Alors première question, qu'est-ce que vous dites de la position française : un cessez-le-feu, puis un accord politique avec déploiement de l'armée libanaise au sud du pays et enfin l'envoi d'une force internationale après un accord entre les deux parties.

Ségolène Royal :
D'abord dans ce jour de deuil au Liban, de désolation et de souffrance, je voudrais dire que, comme tous les Français, ma solidarité avec le peuple libanais et le regret et vraiment la profonde souffrance que nous ressentons aussi face à ce pays qui avait retrouvé une souveraineté fragile et qui aujourd'hui est à nouveau plongé dans le chaos. Et comme vous le dites à l'instant, aujourd'hui la trêve est de courte durée ; c'est-à-dire qu'il faut aller très vite. Il y a une trêve de 48 heures, il faudrait...

... qui est plus ou moins respectée d'ailleurs...

... que pour une fois la diplomatie se montre très efficace. C'est vrai que le plan français, je crois, va dans la bonne direction et en même temps il faut aujourd'hui des solutions, à la fois très concrètes et très ambitieuses.

A quoi vous pensez ?

Très concrètes, il faudrait que la trêve se transforme en cessez-le-feu et peut-être comme certains l'ont suggéré, commencer très rapidement l'échange de prisonniers parce que ce sont des gestes visibles qui consolident justement les trêves. Il faudra ensuite engager une première étape, sans doute en concertation avec la Syrie pour une démilitarisation du Hezbollah ; c'est-à-dire une preuve là aussi concrète et d'un début d'application de la résolution onusienne et puis enfin bien sûr la garantie de la sécurité d'Israël ; la force prévue pour stabiliser le territoire mais je crois que ce qui est aujourd'hui visible c'est que les Etats-Unis ont un rôle clé à jouer et que beaucoup de choses dépendent de l'évolution de l'attitude de l'administration Bush.

Deux choses, vous parlez de la Syrie ; certains font appel à l'Iran plutôt actuellement qui aurait un rôle derrière le Hezbollah.

Oui ça c'est vrai, c'est très difficile cela dit aujourd'hui de renouer le dialogue avec des pays qui réclament la destruction d'Israël. Et en même temps si on considère qu'on ne peut pas dialoguer avec ces régimes ou avec ces organisations, alors il faut en payer le prix, c'est-à-dire une escalade de la violence comme on le voit aujourd'hui. Et on voit que la situation militaire est sans issue. Et surtout que la politique américaine a abouti à l'inverse de l'effet recherché.

Donc c'est à eux que vous demandez d'évoluer par rapport à ces pays là ?

Je crois qu'il faut aider les Etats Unis à évoluer, faire pression aussi sur une certaine façon. On comprend bien qu'après les abominations, les attentats du 11 septembre, il y ait une attitude de l'administration Bush qui a considéré qu'on ne pouvait pas parler aux Etats ou aux mouvements considérés comme diaboliques. Ils les ont isolés. Vous savez c'est l'opposition faite par Bush entre les forces du Bien et les forces du Mal. Et aujourd'hui, qu'est-ce qu'on a comme résultat. Un résultat dramatiquement inverse. D'abord une radicalisation de tous ceux qui aujourd'hui ont été humiliés par cette vision du monde et qui se liguent contre les Etats-Unis. On a une montée de l'influence de l'Iran avec l'embourbement américain en Irak ; on a la hausse des prix du pétrole ; on a la victoire électorale du Hamas, on a la poussée islamiste ; on a la menace nucléaire iranienne ; beau résultat.

Alors comment les aider à évoluer comme vous le dites ?

Je crois qu'il y a une partie de l'opinion publique américaine qui considère ne pas avoir mis cette position en attente, qui estime qu'il faut laisser à Israël le temps de mener les opérations militaires nécessaires, ni les néoconservateurs plus durs qui aimeraient une politique plus active. Il y a maintenant de plus en plus de voix aux Etats-Unis qui réclament que le dialogue soit renoué, qui réclament que l'on revienne sur cette désertion diplomatique américaine que l'on connaît depuis 2000 ; et donc il faut à nouveau que les Etats-Unis s'impliquent diplomatiquement pour que l'on puisse remettre en place un cadre d'intervention.

Et la France peut jouer un rôle dans ce sens ?

La France peut jouer un rôle dans la mesure où elle est très proche du Liban. Donc elle peut jouer un rôle d'intermédiaire. Elle peut avoir une parole aussi de confiance. Elle peut intervenir. Mais je crois que, au moment où l'on en est parvenu, sans doute faudrait-il aussi trouver des voix qui pèsent au niveau international, des autorités morales qui puissent intervenir qui ne soient pas impliquées dans des intérêts stratégiques ou dans des intérêts étatiques, du dialogue de personne à personne qui permettrait en tout cas d'aller très vite et de saisir cette petite lueur d'espoir de trêve de 48 heures pour qu'elle se transforme vraiment en cessez-le-feu et qu'on puisse renouer le dialogue. La grosse difficulté souvent, c'est comment reparler sans perdre la face. Sans donner le sentiment d'être affaibli. Et c'est ça qui est souvent très difficile. Donc à un moment, il faut des efforts presque personnels de personnes qui portent vraiment l'avenir de l'humanité entre leurs mains et aujourd'hui les chefs d'Etats des grandes nations ont une responsabilité imminente. Il faut qu'ils aient la force de se tirer au-dessus de ces différentes contingences pour se reparler sans donner le sentiment que les uns et les autres sont humiliés.

C'est pour les chefs d'Etats actuels et éventuellement futurs que vous dites ça ?

Non, non ; je pense à des personnalités par exemple comme Bill Clinton ; Il faut en trouver d'autres ; peut-être un par continent qui permettrait de renouer le fil du dialogue et de donner le sentiment qu'on peut se reparler, qu'on peut au moins tenter de se reparler entre ennemis pour essayer de sauver l'avenir du monde tout simplement. Parce que là, on est face quand même à un vrai risque d'embrasement généralisé. Nous sommes tous concernés ; il n'y a aucune raison que les choix américains qui ont des répercussions que je viens de décrire, soient subis par tous.

Autre risque d'envergure, la question du climat. Elle pourrait prendre une dimension politique peut-être. On voit en France que Nicolas Hulot n'exclut pas de se présenter à la présidentielle parce qu'il estime que la majorité des candidats à l'Elysée se désintéressent du péril climatique qui menace l'humanité. Vous vous sentez visée ?

D'abord, je pense que c'est un vrai problème. Il faut quand même rappeler qu'en 2050, un habitant sur deux de la planète n'aura pas accès à l'eau potable. Et cela est dû essentiellement au réchauffement de la planète. Deuxièmement, on peut agir. On sait comment il faut lutter contre le réchauffement de la planète et en particulier en faisant reculer l'utilisation des énergies fossiles et aujourd'hui, il y a une inertie très forte. Je crois qu'il ne faut pas non plus être injuste. Il y a une inertie très forte de l'actuel gouvernement. On le voit sur des décisions récentes. Je ne citerai qu'un problème quand même qui me saute aux yeux, c'est la lenteur de la construction des usines de biocarburants, la lenteur de l'utilisation des énergies renouvelables, le retard que la France a pris dans le respect du protocole de Kyoto. Je le vois en tant que présidente de la région Poitou-Charentes puisque nous avons plusieurs projets d'unités de transformation de biocarburants et que nous attendons une fiscalité écologique encourageante, des moyens donnés à la recherche, des moyens donnés à l'innovation et que cette lenteur là est tout à fait coupable pour ne pas dire criminelle à terme.

Nicolas Hulot voudrait qu'un vice-Premier ministre soit chargé du développement durable ; il dit qu'il vous en a parlé et puis il n'a pas eu de nouvelles.

Oui il m'a parlé de cela ; je lui ai dit, ça n'est pas en réglant des problèmes de structure gouvernementale que l'on règle des problèmes planétaires de cette importance. Je crois que c'est dans une volonté politique globale au plus haut niveau, avec une volonté de rupture. Il faut faire je pense comme ont fait les Suédois, c'est-à-dire imaginer dès maintenant la question de l'après pétrole ; c'est-à-dire comment allons-nous vivre dans une société où il y aura moins d'énergie où il faudra économiser cette énergie. Et moi je pense…

Ségolène Royal...

Juste un mot, je pense que ce n'est pas une charge, c'est une chance parce qu'à partir des éco-industries on peut créer les emplois du futur, les emplois de demain et surtout on peut aider les pays pauvres à émerger vers le développement.

Ségolène Royal, quelques questions sur le parti socialiste. Qu'est-ce que vous répondez à ceux parmi les candidats à la candidature qui demandent un débat notamment avec vous ? Une série de débats.

Ecoutez moi, je crois que tout ce qui est utile et tout ce qui va dans l'unité du parti socialiste est bien et tout ce qui divise ne doit pas être fait.

Les débats, ça divise ?

Ce qui doit nous préoccuper aujourd'hui c'est la lutte contre la droite surtout, contre ce gouvernement qui prétend faire baisser le chômage alors qu'on sait qu'il n'en est rien. Et que l'on sait qu'aujourd'hui au contraire, ce qui augmente c'est la précarité des emplois et c'est la baisse du pouvoir d'achat. Je voudrais rappeler quand même qu'au cours de...

... non, non mais la question c'était sur les débats.

... qu'il y a moins de Français qui partent en vacances cet été que l'année dernière. Il y a un recul du pouvoir d'achat, il y a une grande difficulté des familles face à la rentrée scolaire.

... et la question, on arrive à la fin de l'émission. La question sur le débat, vous êtes pour ou contre ?

Mais tous les débats sont utiles pour éclairer les socialistes à condition que ces débats entrent dans une dynamique d'union et de rassemblement contre la droite ; à ce moment là, ces débats sont utiles. S'ils sont faits pour diviser les socialistes entre eux, ils sont à ce moment là très dangereux.

Merci Ségolène Royal.


source:

http://www.rtl.fr/info/chroniques/chroniquesint.asp?dicid=460103&rubid=17311

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