08 juin 2006

 

"Le choc Ségolène"

par Jean Daniel,cofondateuret directeurdu Nouvel Observateur

L'INSOLITE ET SAVOUREUSE
émergence de Mme Ségolène Royal sur la scène montre à quel point la politique intérieure nous ennuyait jusque là. Grandes causes, oui ! Mais conquête du pouvoir, très peu pour nous. Avions-nous tort ? Probablement. Après tout, pour ce qui est de la gauche, une formation politique qui peut offrir des Fabius, Hollande, Lang et Strauss-Kahn (sans oublier Jospin !) n’a pas à rougir. Mais c’est un fait que je m’ennuyais et que Ségolène réveille soudain la gauche de son assoupissement rituel.Alors, Ségolène ? Eh bien, on ne pourra pas dire cette fois que ce sont les médias qui l’ont fabriquée. Ebaubis et ricaneurs, les commentateurs l’ont découverte dans les sondages. Et l’on n’a pas manqué de l’attendre au tournant. Avait-elle seulement la moindre idée ? Hélas, hélas, voici qu’il faut bien lui concéder qu’elle prétend restituer à la gauche de grandes orientations populaires. Elle ne s’est pas trompée comme Fabius. Elle n’a pas cru que les « nonistes » constitueraient un rassemblement ni un sursaut. Elle a bien réalisé que plus du tiers des partisans du non avaient voté à droite. Alors, elle s’est tranquillement adressée à eux. Et cela avec deux sujets au moins, dont nous répétons inlassablement qu’ils devraient être au cœur des préoccupations de la gauche - à savoir la sécurité et l’immigration. Sur ces deux sujets, on a déjà d’ailleurs écrit ici que nous ne verrions aucune objection à ce qu’ils fussent déclarés d’intérêt national et qu’ils suscitent une politique bi-partisane. En dépit des passions électorales ou peut-être grâce à elles, voici que s’annoncent de sérieux débats. Qu’est-ce qui fait écouter la voix d’un acteur politique lorsqu’il parle ? La réponse en est simple : lorsque l’on n’éprouve pas le besoin de se demander pourquoi l’orateur dit ce qu’il dit et quelle stratégie personnelle il sert. C’est très rare. Pour hausser un peu le niveau, lorsque De Gaulle parlait de la France, on savait qu’il ne pensait pas à M. Lecanuet, et quand Mendès France fixait des objectifs au pays, il ne venait à personne de se demander s’il voulait nuire à Guy Mollet. Raymond Barre ne pensait pas à Jacques Chirac et, en politique étrangère du moins, François Mitterrand, très souvent, ne pensait à personne.Rapprochons-nous des temps présents. Lionel Jospin m’a inspiré le même sentiment.Et aujourd’hui, le plus inattendu est que ce soit Ségolène Royal qui donne l’impression, lorsqu’elle dit quelque chose, de ne pas penser à ses rivaux ou à ses détracteurs. Cela ne suffit pas pour constituer un grand tempérament ni pour procurer une pensée solide. Mais seulement voilà, lorsque ces gens-là parlent, je les écoute.

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