06 juin 2006

 

Désir d'avenir

Par Frédéric G. Niedzielski, professeur à l’Ecole des hautes études politiques de Paris. (07/06/2006)

Al’instant où la gestion du lundi de Pentecôte apparaît tel le prototype le plus abscons de la gouvernance à la française, Ségolène Royal dessine progressivement les contours d’une candidature qui comptera parmi les plus originales de l’histoire de la Ve République. Femme à la silhouette agréable, certains auraient voulu imaginer autre chose. Une femme qui oppose des idées et de la fermeté à ceux qui, au sein du Parti socialiste, n’ont de cesse d’évoquer la “commission du projet”, dont il est à craindre qu’elle ne serve à rien, si ce n’est, pour la plupart des leaders socialistes, à prendre date, à évaluer leur force ou à négocier une place lors du second tour de la primaire interne qui se profile.

A-t-on jamais vu un président de la République victime et tributaire d’un programme qui lui serait imposé et qu’il serait tenu d’appliquer ? Un projet est une synthèse entre idéologie et proposition. Or, depuis le 29 mai 2005, date du non français au projet de Traité constitutionnel européen, on a grand-peine à trouver une épine dorsale idéologique au PS. Il faut en finir avec cette conception narcissique de la politique qui ne conduit à rien. Ségolène Royal y parvient admirablement bien parce que lucide et intelligente.

En s’opposant à Elisabeth Guigou sur les classes-relais, à Martine Aubry sur les 35 heures, Ségolène Royal instaure un débat. Il faisait défaut. Désormais, ce sont autour des idées de madame Royal qu’il faudra débattre. Elle associe éducation, sécurité et fermeté.

Et alors ? Nicolas Sarkozy est pris à contre-pied. La sécurité n’est plus l’apanage de l’UMP et de l’extrême droite. Ségolène Royal est en convergence avec l’électorat populaire qui fait défaut à la gauche depuis le milieu des années 1990. Madame Royal évoque la possibilité de reconsidérer les 35 heures de travail hebdomadaire au prétexte qu’elles ont conduit à la dégradation du travail des salariés les plus défavorisés. Et si c’était exact ?

L’écueil pour Ségolène Royal c’est moins le résultat des primaires au sein du PS que la tentation de refuser un débat sur les valeurs inhérentes à la société française. Des valeurs de liberté, d’équité et de partage. Autant de mots qui doivent trouver une juste application dans le quotidien des Français. Si elle y parvient, alors elle satisfera le désir d’avenir de nombre de ses concitoyens.



source:
http://www.metrofrance.com

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