09 juin 2006

 

Bilan de son action aux ministères à l'Enseignement scolaire, puis à la Famille.

par Charlotte ROTMAN


Serre-tête de velours ou bottines de cuir rouge ? Fille de militaire, originaire d'une famille nombreuse et catholique, on voit souvent Ségolène Royal comme une mère de la nation, puritaine et pudibonde. Ceux qui lui reprochent d'incarner l'ordre moral citent, entre autres, sa croisade en 2002 contre la pornographie («Projeter des images pornographiques à des jeunes enfants, c'est une forme insupportable de violence.») ou sa sortie en 2003 contre le string des jeunes filles («Aux yeux des garçons, le string réduit les jeunes filles à leur postérieur [...] Après, on s'étonne que les adolescentes soient victimes d'attouchements ou de violences sexuelles.») Au ministère de l'Enseignement scolaire, elle fit parler d'elle en bataillant contre le bizutage ou la pédophilie.



Ses défenseurs, eux, invoquent invariablement son combat pour la délivrance de la pilule du lendemain par les infirmières scolaires. Vendredi matin, sur France Inter, Daniel Cohn-Bendit a battu en brèche l'image «un peu traditionnelle sur la famille» qu'on lui prête : «Une femme, non mariée, mère de 4 enfants, qui arriverait à l'Elysée, ce serait une révolution culturelle pour la France.» Au ministère de la Famille, où Lionel Jospin l'avait nommée en 2000, elle s'est activée, avec un credo en tête : la famille n'est pas le monopole de la droite. L'une de ses priorités a été d'«affirmer la responsabilité des deux parents». A l'époque, pas question de mise sous tutelle des allocations ou de sanction des parents. «Dans sa grille de lecture, il fallait consolider l'axe adultes-enfants», se souvient une proche conseillère. Ségolène Royal a travaillé à l'affermissement des liens entre l'enfant et chacun de ses parents. Notamment en cas de séparation : elle a instauré une fiche d'inscription scolaire au nom du père et de la mère. Ou a arraché l'application des réductions tarifaires de la SNCF aux deux parents. L'une de ses mesures phares, qui touche potentiellement 2 millions d'enfants, fut l'instauration de la résidence alternée (le juge fixait jusqu'alors la résidence chez un seul des parents). La garde alternée n'est pas rendue obligatoire mais devient le modèle. Un choix imposé contre l'avis de certaines féministes.

Partisane pour elle-même de l'union libre («un choix de liberté»), elle a dit de son propre foyer : «A quel moment, dans une histoire familiale, est-on ou n'est-on pas dans la "norme''?» A son arrivée au ministère de la Famille, elle explique qu'«il faut aider les familles, quel que soit leur forme, à être bonnes à vivre pour chacun». Sa loi du 4 mars 2002, qui prévoit la délégation de l'autorité parentale à un tiers de confiance, revient à donner un statut aux beaux-parents des familles recomposées. Cette disposition a été utilisée par les couples homosexuels, ce que n'ignorait pas Ségolène Royal, même si elle n'imaginait pas leurs succès devant les juridictions, notamment depuis un arrêt favorable de la Cour de cassation. Ces familles faisaient d'ailleurs partie du paysage au ministère, l'APGL (Association des parents et futurs parents gays et lesbiens) y était une interlocutrice régulière.

Aide aux familles précaires, promotion de réseaux d'aide à la parentalité, valorisation de la place du père, modes de garde des moins de 3 ans, réforme de l'Aide sociale à l'enfance ou pénalisation des clients de prostitués de 15 à 18 ans, Ségolène Royal s'est mêlée de tout. Y compris de sujets sensibles qui faisaient fuir d'autres ministres, comme l'accès à la connaissance des origines des nés sous X. Au final, sa mesure la plus populaire demeure certainement l'instauration d'un congé paternité de deux semaines. Une invention qualifiée à l'époque par elle-même de mesure «presque aussi importante que le droit de vote des femmes». Rien que ça.


source:

http://www.liberation.fr/page.php?Article=389109


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