12 mai 2006

 

Les éléphants ont trouvé leur projet commun : TSS

par Robert Schneider

Tout sauf Ségolène : les ténors socialistes s'unissent pour écraser la plus populaire de leurs présidentiables. Les coups bas fleurissent.


Challenges.fr | 11.05.2006

Divisés, les éléphants socialistes ? Allons donc ! Tous les présidentiables plus ou moins déclarés ont un programme commun : dégon­fler ce qu'ils appellent « la bulle Royal ». Le TSS – Tout sauf Ségolène – rapproche les frères ennemis d'hier, par exemple les amis de Laurent Fabius et ceux de Lionel Jospin, et même, c'est dire, Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry.

Allusions perfides
Oh, bien sûr, les présidentiables évitent les attaques frontales qui seraient impopulaires ! Ils procèdent par allusions. Laurent Fabius ne veut pas d'une « gauche floue ». Autant dire que les idées de Ségolène Royal le sont. Jack Lang réclame un débat public « sur les sujets de fond ». Sous-entendu : on verra qu'elle ne maîtrise pas les dossiers lourds. Mais leurs proches prennent moins de précautions.
Les plus mordants sont les amis de Lionel Jospin. Elisabeth Guigou salue avec perfidie la « performance sondagière » de Ségolène Royal.
Daniel Vaillant affirme : « Le moment venu, les Français auront besoin d'un président de projet, pas de cosmétiques. » Jean Glavany accuse Ségolène de « populisme », et précise qu'elle incarne « tout ce qu'il déteste en politique ».
Les fabiusiens, eux, préfèrent s'en prendre à son compagnon, François Hollande, et à Julien Dray, le porte-parole du PS, accusés de rouler pour elle et de fausser le jeu. Pis, il s'est même trouvé des militantes pour signer le manifeste des 143 rebelles, en référence à celui des 343 salopes contre l'avortement. Parallèle déplacé : les secondes prenaient des risques en se battant pour la liberté des femmes, les premières se prêtent à une opération politicienne contre celle d'entre elles qui, pour la première fois, a une chance de devenir chef de l'Etat.
Mais que reprochent-ils donc à Ségolène Royal ? Publiquement, de ne pas avoir d'idées. Ou des mauvaises puisqu'elle serait opportuniste, populiste, pis, blairiste. Mais où sont les leurs ? Et faut-il rappeler que Strauss-Kahn a voulu apparaître comme le Blair français et que Fabius, à Bercy, s'est inspiré de certaines des idées du leader britannique ? Lorsque Ségolène défend les « valeurs » et « l'ordre juste », on lui reproche de tenir un discours moral, à la fois social et sociétal plus que politique. Et si c'était l'une des explications de sa popularité ?
En fait, ce que les éléphants ne supportent pas, c'est sa popularité. Elle caracole devant eux. Elle bat même Nicolas Sarkozy dans certaines enquêtes d'intentions de vote pour 2007, alors que les autres candidats socialistes sont largement devancés. Quel scandale ! Si Fabius ou DSK étaient dans la même situation, ils se considéreraient, à juste titre, comme les candidats naturels du parti. Mais pour elle il ne peut s'agir que d'un phénomène artificiel sans vraie signification politique.
Qu'importe si la gauche a retrouvé l'espoir grâce à elle, puisqu'il s'agit, selon les vieux briscards, d'un faux espoir. Bref, ils ne la jugent pas légitime. Parce qu'elle n'a pas le même parcours qu'eux. Elle n'est pas chef de clan, elle n'a pas participé, depuis vingt ans, aux bagarres d'appareil. Elle n'a pas enregistré une expérience ministérielle de premier plan. Elle n'a pas consacré toute sa vie à la conquête du pouvoir. Et si ses concurrents pâtissaient, justement, de leur permanence au premier rang de la classe politique ? Ne serait-ce pas cela l'atypisme de Ségolène Royal qui séduit ?

(...)
Ceux qui parient sur son effondrement risquent, en tout cas, d'avoir des désillusions. Ségolène, on l'a dit, c'est une porcelaine dans un magasin d'éléphants. Mais une porcelaine très solide.

Source et suite de l'article sur:
http://challengestempsreel.nouvelobs.com/france/chall_22603.html

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