14 avril 2006

 

Ségolène Royal gonflée à blog - LE MONDE

Ségolène Royal gonflée à blog

LE MONDE | 13.04.06 | 13h25 Mis à jour le 13.04.06 | 13h28

Au pays de Ségolène Royal, il y a bien quelques cumulus, mais le fond d'écran reste bleu. Bleu est le ciel de Désirs d'avenir, le site sur lequel la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes a débuté sa campagne pour l'élection présidentielle. Bleue est la signature de Ségolène Royal, qui accueille d'un mot bref l'internaute venu surfer sur son "forum participatif".

"J'ai acquis la conviction que les citoyens, lorsqu'un problème est vécu ou lorsqu'un progrès est espéré, sont des "experts" légitimes de la question posée, y écrit la députée des Deux-Sèvres. Dans un monde de plus en plus complexe mais aussi informé, chacun détient une part de vérité." Depuis son ouverture, à la mi-février, www.desirsdavenir.org a reçu 170 000 visites - un chiffre en progression régulière, au-delà des pics qui suivent chaque intervention télévisée de l'élue socialiste. "En deux mois, on a dû doubler l'équipe des modérateurs, raconte le responsable du site, Christophe Chantepy - conseiller d'Etat et ancien directeur du cabinet de l'ex-ministre déléguée à la famille, entre mars 2000 et mai 2002. Ils sont aujourd'hui plus d'une douzaine." Mais ce n'est pas tout. Quelque 6 000 contributions ont été recueillies en un mois et demi sur le même site, prémices de "la première expérience d'un livre politique en ligne" à ce jour, se vante la candidate.

PROFESSION DE FOI

"Voilà, c'est dit." Ségolène Royal a confirmé sa candidature, mercredi 12 avril, sur LCI.fr, lors de son premier chat d'avant-investiture. Désirs d'avenir est déjà la matrice de sa campagne. Poussée par les sondages d'opinion, pressée par ses fans, la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes a imposé sa candidature sur la Toile avant de la soumettre aux suffrages des militants socialistes. Devancée par son succès, elle a dû bousculer projets et calendrier. Plus le temps de raconter, comme initialement prévu, sa jeunesse, ses souvenirs et ses expériences politiques à une journaliste du Journal du dimanche. "C'est un autre livre qui est en train de s'écrire", explique Teresa Cremisi, présidente des éditions Flammarion.

Prudente, Ségolène Royal n'écrit ni ne prononce le mot "programme". L'ouvrage proposera des "réponses à un diagnostic partagé", préfère la candidate dans une formule alambiquée. C'est pourtant bien une profession de foi qui sera livrée dans les dix chapitres du livre en devenir - les dix thèmes proposés sur le site. La première synthèse du Désordre démocratique a été mise en ligne en même temps qu'elle était analysée dans Le Nouvel observateur, jeudi 6 avril. Le chapitre suivant sera consacré à l'économie et au travail. On trouvera surtout de nombreux thèmes de société - la marque Royal. "Que faire pour que l'enfant réussisse en 6e ?", est la question sujette au débat en ce mois d'avril.

L'E-Book complet sera publié chez Flammarion, fin août, pour l'université d'été du Parti socialiste, à La Rochelle. Au moment, bien choisi, où s'ouvrira la procédure pour désigner le candidat du PS à l'élection présidentielle de 2007.

Doléances, encouragements... Pour Ségolène Royal, les messages laissés depuis deux mois par les internautes dressent un indispensable état des lieux. Mais bien plus que les propositions des internautes, c'est la variété des soutiens recueillis par la présidente du conseil régional qui frappe le visiteur de Désirs d'avenir. Age, profession, origines sociales et géographiques, le panel est varié.

Au détour de certaines confidences, au travers d'une référence ou d'un exemple, les nouveaux amis de Ségolène Royal se dévoilent. "Merci. Avec vous, la voix de la France, comme disait Pompidou, est de retour", écrit l'un d'entre eux. "Faites-nous vibrer comme l'a fait Mitterrand", disent beaucoup d'autres. Un RMIste bachelier explique qu'il a dû renoncer à son téléphone portable, mais ne lâchera pas Internet : "C'est la dernière chose qui vous relie à l'actualité et au monde."

Aller chercher l'abstentionniste, créer une communauté d'électeurs, c'est précisément le premier souci de la candidate Ségolène Royal. Désirs d'avenir est né dans l'urgence, lorsque, avant même les fêtes de Noël, la petite équipe de collaborateurs de Ségolène Royal constate que des blogs de soutien fleurissaient sur le Net.

"Des fleurs pour Ségolène", propose l'un d'eux à la compagne du premier secrétaire du PS, François Hollande. Un autre s'est constitué en "Ségolothèque", avec une belle collection d'images. On y trouve un portrait de Mme Royal en bonnet phrygien, le détail de son banc à l'Assemblée nationale, "Ségo" en présidente de la République, devant la bibliothèque de l'Elysée, ou encore une affiche de campagne stylisée pour l'échéance finale de 2007. Ces blogueurs, se dit l'entourage de la candidate, il ne faut pas les laisser dans la nature. Ces adresses, il faut les recenser sur SégoNet - site des blogs de soutien -, autour de Désirs d'avenir.

TROIS HOMMES, TROIS FEMMES

Ségolène Royal ne se cache plus. Et son site raconte, à lui seul, beaucoup de la campagne à venir. Le nom, d'abord, qui fleure l'optimisme mièvre des lendemains qui chantent, mais sonne aussi comme un pied de nez aux déclinologues et déprimistes de tout genre. On imagine une trouvaille d'agence de communication ? C'est la candidate elle-même qui a soufflé le patronyme.

Le 16 octobre 2005, elle accompagne François Hollande à la fête de la Rose, à Uzerche, en Corrèze. Elle choisit de jouer la partition de l'élue de terrain, laissant le premier secrétaire du PS théoriser sur le rassemblement de la gauche, avant le congrès du Mans. "Il faut redonner un désir d'avenir à la France", glisse aux militants la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes. L'expression devient le "lead" de la dépêche du correspondant de l'Agence France-Presse (AFP). Le lendemain, le cabinet de Ségolène Royal s'arrête sur cette formule, qui devient le nom du site et de l'association.

La liste des membres de cette dernière donne aussi quelques pistes. Présidée par le fidèle Denis Leroy, elle est strictement paritaire : trois hommes, trois femmes. Elle a élu domicile chez Sophie Bouchet-Petersen, une ancienne de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) jusqu'en 1978, conseillère et amie de "Ségolène" depuis leur passage commun à l'Elysée, en 1983.

On y retrouve les plus proches ou fidèles collaborateurs de l'ex-ministre et présidente du conseil régional de Poitou-Charentes : Nathalie Rastoin, directrice générale du groupe publicitaire Ogilvy ; Joëlle Maury, une militante associative choisie comme trésorière de l'association ; Christophe Chantepy et Jean-Louis Fulachier, son ancien directeur de cabinet au ministère de la famille, aujourd'hui directeur général des services à la région...

PAS DE "PENSÉE QUI DÉGOULINE"

Avec son allure gentiment province, l'habillage du site signe aussi l'esprit de la campagne. "Ségolène ne voulait surtout pas d'un site vertical - ma gueule, ma bio, ma pensée qui dégouline, mes maîtres et mes modèles à penser", résume Sophie Bouchet-Petersen. Personne n'est cité, mais on comprend que l'internaute doit, dès la page d'accueil, différencier Ségolène Royal des autres candidats à la candidature, comme l'ancien ministre des finances Dominique Strauss-Kahn ou l'ex-premier ministre Laurent Fabius.

Reste la méthode. "Vos idées sont les miennes" : la formule n'est pas nouvelle. A la fin des années 1990, elle a été expérimentée par les partis en panne d'idéologies ou délaissés par leurs électeurs. Les "forums" des responsables communistes Robert Hue et Marie-George Buffet, avec leurs micros baladeurs, n'avaient pas d'autre ambition.

Ségolène Royal, elle, "inaugure le thème en 2002, après avoir entendu la "France d'en bas" et le "baratin de notable dix-neuvièmard"" du premier ministre Jean-Pierre Raffarin, se souvient Mme Bouchet-Petersen. Mais elle fait de ce concept le viatique - victorieux - de sa campagne aux élections régionales de 2004, en promettant de verser "10 % du débat régional à la décision et au débat participatif". Du concret.

Cette ode à l'interactivité s'appuie sur les mêmes théoriciens de la "démocratie participative" qui l'accompagnent depuis deux ans : le politologue Loïc Blondiaux, professeur à l'institut d'études politiques de Lille (Nord), et le sociologue Yves Sintomer, qui enseigne à Paris-VIII. Tous deux ont observé la mise en place, à Berlin, entre 2001 et 2003, de "jurys citoyens". Et l'expérience de "budget participatif", à Porto-Alegre.

Plus de 150 comités locaux Désirs d'avenir ont déjà vu le jour et se sont fédérés sur le site. On y lit beaucoup d'encouragements. "Quand j'entends dire que Ségolène n'a pas de programme, j'ai envie de répondre que c'est normal car le programme socialiste n'est-il pas commun à l'ensemble des militants ? Merci à elle de nous donner enfin la parole", écrit par exemple "Rdose".

Mais on y aperçoit aussi, déjà, quelques avertissements. Ainsi Laura, de l'Eure-et-Loir, qui a surpris son idole la même semaine au "20 heures" de Patrick Poivre d'Arvor et sur le plateau de Michel Denizot : "Attention de ne pas trop aller à la télé et de ne pas vous y banaliser..." Ou Alain, des Alpes-Martimes : "Que se passe-t-il Ségolène Royal ? Vous faites la couverture des hebdomadaires "bien pensants" ou encore "néocons" (ervateurs). Vous passez sur les antennes de TF1 et Canal +. Les médias ne parlent plus que de vous. Ils vous vendent comme une lessive (...) Ne vous faites pas piéger Ségolène, il y a maintenant trop d'espoirs mis sur votre candidature."

Ariane Chemin

Article paru dans l'édition du 14.04.06


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