02 décembre 2005

 

La voie Royal - www.liberation.fr

La voie Royal
par Philippe LANÇON
vendredi 02 décembre 2005

"Dirigeants du PS ou de l'UMP, patrons de presse, penseurs-minute, avant-gardistes d'arrière-garde, train-train fantôme de ganaches syndicales et club des vieux éditorialistes la roue tourne... la sensation générale est que ça bloque de partout et qu'on les a trop vus ; trop entendus ; trop lus ; trop pas crus : leurs qualités individuelles ne les rendent plus crédibles. Ils sont assis sur les chevaux de bois, bien assis même, mais le manège tourne en vain. Sur le mécanisme grippé, les preux cavaliers immobiles ont désormais des silhouettes de pipes de foire. Guignol lui-même refuserait le théâtre de synthèse ­ ou de prothèse ­ tel que les socialistes l'ont joué. Epuisés, ces socialistes ; au cimetière des éléphants roses, que même les alcooliques ne voient plus. L'un, Strauss-Kahn, est trop crédible à droite. L'autre, Fabius, n'est pas crédible à gauche. Le troisième, Hollande, est censé être le premier, mais il est peu. Quand il parle, une main divine (ou diabolique) coupe le son. Le quatrième, Jospin, ne cesse de revenir, tel un morne coucou suisse, sonner l'heure perpétuelle de son retrait : mélange curieux d'orgueil et de minauderie. Qui reste-t-il ? L'amicale des dynamiteurs institutionnels, avec Montebourg dans le rôle de James Coburn, cow-boy chic, fringant et solitaire. Titre du film : Il était une fois la révolution au PS. On est bien au Mexique, puisque armée mexicaine il y a. On n'y est pas, car James Coburn était mieux : son passé donnait le sentiment d'avoir de l'avenir. Reste Jack Lang. Etrange momie des temps soyeux, vieux mignon de la rose, poudrant la France d'un optimisme tribunicien qui semble tomber d'une jolie perruque. Reste donc Ségolène Royal. Quoiqu'on en pense, c'est désormais sans doute la seule à pouvoir remettre le rose aux joues des électeurs. Elle est détestée ? Les autres aussi. Elle est ambitieuse : qui ne l'est pas ? Elle est bourgeoise ? Les autres aussi ! Labourant le champ intime et la jachère familiale, affectant la pudibonderie et sentant la règle, il n'est pas certain qu'elle fera pire que les autres, qui font si peu, face au pays. On peut tout attendre d'une femme qui se sait à ce point haïe par tant d'hommes : mieux vaut, en définitive, une maman salope que tant de pères inutiles. Les caméras ne la loupaient pas, voilà deux semaines, tandis qu'elle n'apparaissait pas en tribune face au congrès des sourds. Son profil acéré, nez au vent présidentiel, tendu sur le mépris pour tant de mâles en vrille, prétentieux et incapables, ce profil n'était pour une fois pas désagréable. Il est temps, se disait-on, que le PS en passe par cette révolution symbolique et oppose, au petit chat botté qui monte à droite, l'unique personne qui puisse le déstabiliser et, pourquoi pas, nous surprendre : une femme, quelle que soit la rose ornant le revers de son tailleur."

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http://www.liberation.fr/page.php?Article=341970

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